Au fil des années, la très photogénique herbe de la pampa s’est invitée dans les bouquets bohèmes, les vitrines de fleuristes et les massifs d’ornement. Mais depuis mars 2023, ce symbole de décoration cosy est passé du statut de « plante à la mode » à celui d’espèce exotique envahissante strictement interdite en France. Le Code de l’environnement prévoit désormais des sanctions pouvant atteindre 150 000 € d’amende et trois ans d’emprisonnement pour quiconque la cultive ou la commercialise. Retour détaillé sur cette volte-face réglementaire et écologique.
Une success story horticole devenue cauchemar écologique
Introduite dans l’Hexagone dès le XVIIIᵉ siècle pour ses spectaculaires plumeaux crémeux, Cortaderia selloana a longtemps été plébiscitée pour orner jardins, ronds-points et hôtels de bord de mer. Facile d’entretien, résistant au sel et à la sécheresse, ce roseau sud-américain semblait cocher toutes les cases de la plante idéale.
Pourtant, sous ses airs élégants, il cache un formidable potentiel de colonisation :
- Un seul pied femelle peut libérer jusqu’à trois millions de graines minuscules, emportées par le vent sur plus de 25 kilomètres.
- Ses touffes atteignent souvent 2,5 m de hauteur et autant en largeur, étouffant rapidement la flore voisine.
- Des feuilles coupantes comme des lames compliquent l’entretien et découragent l’arrachage manuel.
Résultat : dunes littorales, talus ferroviaires, prairies humides et friches industrielles se couvrent progressivement de plumeaux, privant la végétation locale de lumière, d’eau et de nutriments. En Bretagne, par exemple, certains sites Natura 2000 ont vu la surface colonisée tripler en dix ans, obligeant les collectivités à lancer des campagnes d’arrachage coûtant parfois plus de 20 000 € par hectare.
Le cadre légal : une réponse ferme face à la prolifération
Pour stopper l’expansion, l’arrêté ministériel du 2 mars 2023 — qui transpose le règlement européen 1143/2014 — a hissé l’herbe de la pampa au rang d’« organisme réglementé » de niveau 2. Concrètement :
• Toute introduction, culture, vente, échange ou transport de plants vivants est prohibée sur l’ensemble du territoire métropolitain.
• Les articles L 415-3 et R 415-1 du Code de l’environnement prévoient des peines pouvant aller jusqu’à 150 000 € d’amende et trois ans de prison.
Les contrôles se concentrent sur les importations, les pépinières et les chantiers paysagers récents. Si vous possédez un pied planté avant 2023, vous n’êtes pas tenu de l’arracher sauf arrêté local plus strict, mais vous devez empêcher toute dissémination.
Risques pour la santé et la sécurité
Au-delà de la biodiversité, cette graminée pose d’autres problèmes :
- Allergies : les pieds mâles relâchent en fin d’été des millions de grains de pollen, allongeant la saison pollinique et aggravant rhinites, conjonctivites ou crises d’asthme.
- Coupures : les feuilles rigides, bordées de micro-dentelures, peuvent entailler la peau et blesser les animaux domestiques.
- Incendies : en période de sécheresse, les vieilles touffes se transforment en véritables torches végétales, alimentant les feux de friche aux abords des zones urbaines.
Les bons gestes pour limiter sa propagation
Les autorités recommandent aux propriétaires de pieds déjà établis d’adopter une gestion active et prudente :
- Sectionner les plumeaux avant la floraison pour éviter la mise en graines ; cette intervention doit être réalisée avec gants épais, manches longues et lunettes de protection.
- Ne jamais offrir ou déplacer des rejets : un simple éclat de souche suffit à créer une nouvelle colonie.
- Évacuer tiges et racines dans des sacs hermétiques vers la déchetterie ; le compostage domestique ou le brûlage à l’air libre sont vivement déconseillés.
Pour les parcelles fortement envahies, l’arrachage total, bien que coûteux et physique, reste la solution la plus fiable. Certaines communes proposent d’ailleurs des aides logistiques ou financières aux particuliers pour éliminer durablement cette espèce.
Vers des jardins plus responsables
L’interdiction de l’herbe de la pampa symbolise un changement de paradigme : l’esthétique ne doit plus primer sur l’impact écologique. Des alternatives décoratives et non invasives existent, comme les variétés de miscanthus, de molinie ou de stippe, qui offrent également des épis gracieux sans menacer les écosystèmes.
En choisissant des espèces locales ou non invasives, chaque jardinier peut contribuer à préserver la biodiversité, réduire le coût des luttes contre les invasives et éviter d’avoir à régler une facture salée pouvant dépasser les 150 000 €.
Alexandreest notre rédacteur senior, spécialisé dans les reportages vidéo et les interviews exclusives. Avec une formation en communication et une passion pour les histoires humaines, il apporte une dimension visuelle et émotive à nos contenus.

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