Retraites : pourquoi les femmes touchent 27 % de pension en moins que les hommes en France

Alexandre

En France, l’heure de la retraite révèle un paradoxe criant : alors que le système est réputé protecteur, les femmes perçoivent en moyenne une pension inférieure de 27 % à celle des hommes. Ce fossé, plus large que la moyenne de l’OCDE, interroge sur l’efficacité réelle des mécanismes de solidarité et met en lumière des inégalités qui se construisent tout au long de la vie professionnelle et familiale.

Un écart supérieur à la moyenne internationale

  • Écart de pension en 2025 : 27 % en France, contre 23 % en moyenne dans l’OCDE.
  • Comparaison européenne : certains pays d’Europe centrale (République tchèque, Estonie, Slovaquie, Slovénie) limitent l’écart à moins de 10 %.
  • Extrêmes observés : au Royaume-Uni, les femmes perçoivent 36 % de moins que les hommes ; au Japon, le fossé atteint 47 %.

Cet écart français, souvent jugé « anormal », reflète pourtant des réalités structurelles profondes : organisation du marché du travail, charge familiale, mais aussi architecture même du système de retraite.

Des carrières féminines plus courtes et morcelées

La première source d’inégalité naît sur le marché du travail :

  • Temps partiel : près d’un tiers des Françaises travaillent à temps partiel, contre moins d’un homme sur dix. Résultat : moins d’heures cotisées et des salaires annualisés plus faibles.
  • Interruptions d’activité : congés parentaux, congés maternité, accompagnement d’un proche dépendant … Autant de parenthèses qui creusent un “trou” dans la carrière. Selon la Drees, une mère de deux enfants totalise en moyenne 7 années de carrière en moins qu’un père.
  • Évolution salariale freinée : l’écart de rémunération horaire (15 % en France) se transforme en écart de cotisations, amplifiant la différence de pension.

Le travail domestique non rémunéré renforce cette dynamique : les femmes y consacrent environ 1 250 heures par an, soit l’équivalent de sept semaines et demie à plein temps. Ce temps pris hors emploi marchand se traduit par des opportunités professionnelles manquées et, in fine, par une assiette de cotisations plus mince.

Un système de retraite protecteur… et pourtant pénalisant

À première vue, la France a multiplié les “parachutes” pour compenser ces inégalités :

  • Majoration de durée d’assurance : huit trimestres “gratuits” par enfant, répartis entre la mère et, depuis 2010, le père.
  • Bonification de 10 % sur la pension de base et complémentaire pour les parents de trois enfants et plus.
  • Pension de réversion : 54 % de la retraite du conjoint décédé, sous conditions de ressources ou d’âge.

Pourtant, plusieurs caractéristiques propres au modèle français tendent à amplifier les écarts :

  • Le calcul de la pension intègre les 25 meilleures années de salaire dans le privé ; or, si ces meilleures années sont déjà grevées par des périodes de temps partiel ou de bas salaires, l’effet correcteur est limité.
  • La durée de cotisation exigée pour une pension à taux plein s’allonge (43 ans d’ici 2027). Les carrières féminines, plus fragmentées, atteignent rarement ce seuil, générant une décote définitive (jusqu’à –25 %).
  • Le régime complémentaire Agirc-Arrco fonctionne par points : plus le salaire est élevé, plus la pension future grimpe. Avec des écarts de salaires persistants (près de 16 % en 2022), les hommes engrangent davantage de points.

Conséquences concrètes pour les retraitées

Ces mécanismes se traduisent par des réalités très tangibles :

  • Pension moyenne des femmes en 2023 : environ 1 390 € bruts par mois contre 1 900 € pour les hommes.
  • Sur une durée de retraite de 25 ans, une femme cumule ainsi près de 150 000 € de moins qu’un homme en moyenne.
  • Le taux de pauvreté des femmes de plus de 65 ans avoisine 18 %, contre 12 % pour les hommes du même âge.

Ces chiffres pèsent doublement : sur le pouvoir d’achat individuel des retraitées et sur la transmission patrimoniale, accentuant les inégalités intergénérationnelles.

Quel avenir pour l’égalité des pensions ?

Selon les projections actuelles, l’écart de retraite devrait se réduire à environ 7 % d’ici 2060. Cependant, cette convergence n’est pas automatique ; elle dépendra de plusieurs facteurs :

  • Politiques familiales favorisant un partage plus équilibré du congé parental et des tâches domestiques.
  • Lutte contre les écarts de rémunération dès le début de carrière : transparence salariale, renforcement des sanctions pour inégalités de salaires injustifiées.
  • Valorisation des périodes d’inactivité subies (chômage, congé parental) dans le calcul des droits.
  • Évolution des régimes complémentaires : adaptation des règles de cotisation et de conversion en points pour atténuer l’effet “carrière longue et rémunérée” qui favorise, aujourd’hui, les hommes.

Des initiatives locales montrent déjà la voie : certaines entreprises expérimentent le “compte épargne-temps parental” qui permet de capitaliser des droits à congé ou à formation après une parenthèse familiale. D’autres introduisent des mécanismes de surcotisation pris en charge par l’employeur pour les salariés à temps partiel choisi ou subi.

Vers une nouvelle culture du partage et de la reconnaissance

Combler l’écart de pension ne se limite pas à ajuster des formules de calcul. C’est aussi repenser la place de chacun dans la sphère professionnelle et domestique :

  • Encourager les hommes à prendre des congés parentaux plus longs, en rendant une part non transférable et mieux rémunérée.
  • Développer les services d’accueil de la petite enfance pour réduire le recours contraint au temps partiel.
  • Sensibiliser dès l’école et dans l’entreprise aux stéréotypes de genre qui dirigent encore les orientations professionnelles et les choix de carrière.

La France dispose des outils pour réduire ce différentiel ; reste à les activer pleinement. Les décisions politiques, combinées aux transformations culturelles en cours, seront déterminantes pour que l’écart de 27 % ne soit plus, demain, qu’un souvenir d’une époque révolue.

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