Un comprimé qui semble anodin peut parfois cacher des dangers réels, surtout lorsqu’il est pris pendant des mois, voire des années. Les brûlures d’estomac et le reflux ne sont pas rares après 60 ans ; pourtant, le médicament le plus souvent prescrit pour les soulager, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), mérite désormais la plus grande vigilance, alerte un pharmacien.
Pourquoi les IPP sont-ils devenus si populaires ?
Les IPP, comme l’oméprazole ou l’ésoméprazole, ont révolutionné la prise en charge des troubles acides.
- Efficacité rapide : en moyenne, 70 % des patients constatent une diminution des symptômes en moins de 48 heures.
- Confort au quotidien : une gélule peut suffire à éviter la douleur après un repas copieux ou une nuit agitée.
Pourtant, l’envers du décor est moins reluisant. Selon les données de l’Assurance maladie, près de 16 % des plus de 65 ans reçoivent une prescription d’IPP sur plus de six mois, alors que les recommandations cliniques prévoient souvent des cures de quatre à huit semaines. Cette surprescription coûte plusieurs centaines de millions d’euros chaque année et traduit une banalisation du recours à ces traitements.
Les risques spécifiques après 60 ans
Les personnes âgées sont plus vulnérables aux effets délétères d’une réduction excessive de l’acidité gastrique.
- Carences nutritionnelles : l’acide chlorhydrique facilite l’absorption du calcium, du magnésium et de la vitamine B12. En l’absence d’un suivi biologique, un déficit peut s’installer en six à douze mois, favorisant fatigue, crampes ou anémie.
- Ostéoporose et fractures : une étude française parue en 2022 révèle un risque de fracture de la hanche augmenté de 30 % chez les utilisateurs chroniques d’IPP de plus de 65 ans.
- Déséquilibre du microbiote intestinal : un pH gastrique plus élevé facilite la prolifération de bactéries potentiellement pathogènes et augmente le risque de diarrhées infectieuses.
- Atteintes rénales : certains patients développent une néphrite interstitielle aiguë, complication rare mais grave, nécessitant parfois l’arrêt définitif du traitement.
Pour le pharmacien interrogé, « la question n’est pas d’interdire les IPP, mais de limiter leur utilisation au strict nécessaire et d’assurer un suivi biologique chez les seniors ».
Alternatives et bonnes pratiques pour apaiser les brûlures d’estomac
- Ajuster son hygiène de vie
– Manger lentement, éviter les repas copieux le soir et réduire les aliments gras ou épicés.
– Limiter café, alcool, boissons gazeuses et tabac, tous reconnus pour aggraver le reflux.
– Surélever légèrement la tête du lit : 10 à 15 cm peuvent suffire pour diminuer les remontées nocturnes. - Utiliser d’autres solutions médicamenteuses ou naturelles
– Les antiacides locaux (à base d’alginate ou de bicarbonate) neutralisent l’acidité sans modifier durablement le pH gastrique.
– Les pansements digestifs enrichis en argile ou en gel d’alginate créent une barrière mécanique entre l’acide et la muqueuse.
– La phytothérapie propose le gingembre, la réglisse déglycyrrhizinée ou la mélisse, dont les études suggèrent une action bénéfique sur la digestion et la motilité.
Avant toute décision, un dialogue avec le médecin et le pharmacien reste indispensable. Ensemble, ils peuvent définir la durée minimale de traitement par IPP, programmer une réévaluation régulière et envisager un sevrage progressif lorsque l’état du patient le permet.
À retenir
– Les IPP sont véritablement efficaces mais ne doivent pas devenir un réflexe à long terme.
– Après 60 ans, les risques de carences, de fractures et de déséquilibre du microbiote intestinal augmentent.
– Une prise en charge globale (alimentation, hygiène de vie, solutions alternatives) associée à un suivi médical régulier est la meilleure stratégie pour profiter de leurs bénéfices sans en subir les inconvénients.
Alexandreest notre rédacteur senior, spécialisé dans les reportages vidéo et les interviews exclusives. Avec une formation en communication et une passion pour les histoires humaines, il apporte une dimension visuelle et émotive à nos contenus.



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