Retards, oublis, devoirs non faits : cette école choque en infligeant jusqu’à 100 € d’amende aux élèves qui ne respectent pas le règlement

Alexandre

En Suisse, une école professionnelle a décidé de frapper fort : chaque manquement au règlement – retard, oubli de matériel ou devoirs non remis – entraîne le paiement d’une amende pouvant atteindre 100 €. Un choix qui suscite autant d’adhésion que de contestation parmi les élèves et interroge sur la place de la sanction financière dans l’éducation.

Une nouvelle forme de discipline scolaire

Traditionnellement, les établissements misent sur des retenues, des lignes à copier ou des tâches d’intérêt général pour rappeler les règles. À Aarau, l’équipe de direction a préféré remplacer ces pratiques par un système d’amendes gradué :

  • 10 francs suisses (≈ 11 €) pour un oubli ponctuel de cahier, de calculatrice ou de tenue de sport.
  • 30 à 50 francs suisses pour des retards répétés dans le mois.
  • Jusqu’à 90 francs suisses (≈ 100 €) lorsque plusieurs infractions s’enchaînent en une même période ou pour des actes jugés plus graves : crachats dans la cour, chahut bruyant en classe, usage non autorisé du téléphone, etc.

Le principe est simple : plus l’acte perturbe le bon fonctionnement de l’école, plus le montant grimpe. Un rappel de paiement est envoyé dès le deuxième retard de règlement ; au troisième, la direction serre la vis.

Pourquoi la mesure est-elle légale ?

En Suisse, les écoles professionnelles disposent d’une certaine autonomie pour déterminer leurs sanctions, du moment qu’elles respectent le cadre légal cantonal. La direction d’Aarau a donc pu instaurer cette politique sans modification de loi nationale. En revanche, elle doit clairement informer élèves, parents et maîtres d’apprentissage des règles financières : affichage dans les couloirs, règlement intérieur signé en début d’année et rappel sur l’intranet de l’établissement.

Des conséquences très concrètes pour les élèves

Si les amendes ne sont pas réglées, la sanction dépasse le simple portefeuille :

  • Blocage du bulletin scolaire papier : indispensable pour l’obtention d’un stage ou la validation d’un apprentissage.
  • Risque de poursuites judiciaires pour la famille en cas de non-paiement prolongé.
  • Impact psychologique : certains jeunes craignent de mettre leurs parents en difficulté financière, d’autres ressentent une pression accrue à chaque contrôle.

Selon l’administration, moins de 10 % des élèves reçoivent une amende supérieure à 30 francs sur l’ensemble de l’année, mais le simple fait de savoir que la sanction existe suffirait à réduire les retards de presque 40 % depuis la mise en place du dispositif.

Réactions contrastées dans la cour de récréation

Les témoignages recueillis montrent une véritable fracture générationnelle :

  • Lucas, 17 ans, a déjà payé deux fois 10 francs pour des devoirs oubliés : « Je gagne 150 francs par mois avec mon job d’étudiant, perdre 20 francs en une semaine, c’est énorme ! »
  • Noé, sanctionné pour l’oubli d’une calculatrice, parle d’une décision « inacceptable » et d’une école « qui se prend pour un tribunal ».
  • Julie, 18 ans, constate au contraire « une nette baisse du chahut » : « Personne n’a envie de gaspiller l’argent de son stage pour une minute de retard. »
  • Diego et Nicolas, verbalisés 50 francs pour avoir craché, reconnaissent que la punition « fait réfléchir » : « On a vite arrêté nos mauvaises habitudes. »

À quoi sert l’argent collecté ?

L’établissement assure que la totalité des sommes récoltées finance des projets pédagogiques :

  • Sorties culturelles (théâtre, musées) pour des classes qui n’en avaient pas le budget.
  • Matériel sportif neuf : ballons, tables de ping-pong, filets de volley.
  • Bourses de mobilité pour des échanges linguistiques en Allemagne ou en Italie.

En un semestre, près de 3 000 francs suisses auraient ainsi été réinvestis au profit direct des élèves, un argument mis en avant pour justifier la légitimité du système.

Une innovation exportable ?

La question se pose : une approche similaire pourrait-elle voir le jour en France ? Le cadre légal y est plus restrictif : les sanctions financières directes sont généralement proscrites dans l’enseignement secondaire public. Pour qu’un tel dispositif devienne possible, il faudrait :

  • Un changement réglementaire validé par le ministère de l’Éducation.
  • Un débat éthique sur l’égalité d’accès à l’éducation : les amendes peuvent-elles creuser les écarts entre familles modestes et aisées ?
  • Une concertation avec les fédérations de parents d’élèves, souvent opposées aux mesures pécuniaires.

Si la Suisse fait figure de laboratoire en la matière, la France privilégie pour l’instant les punitions éducatives et les retours à la citoyenneté. Reste que la discussion est lancée : face à l’indiscipline scolaire, les solutions innovantes – parfois controversées – ne cessent d’émerger.

Que l’on s’en indigne ou qu’on l’applaudisse, l’initiative d’Aarau souligne un enjeu central : comment responsabiliser les jeunes sans pénaliser durablement leur avenir ? La réponse, encore ouverte, nourrit aujourd’hui les débats aussi bien au sein des établissements que dans la société.

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