Les recalés d’APB

12 juillet 2017
Par Bertrand Loppin
APB… Trois lettres qui ont plongé dans un état d’angoisse et d’énervement bon nombre de bacheliers ces dernières semaines. A ce jour 117 000 lycéens sont dans l’attente, encore sans affectation.

Les chiffres sont tombés. Cette année, 89,7% des candidats au bac ont décroché le diplôme. C’est un peu moins que l’année dernière (-0,6%). Pour autant, pour certains, les vacances ne sont pas encore tout à fait l’ordre du jour. Après l’examen, c’est le parcours du combattant pour décrocher une inscription dans l’enseignement supérieur. Cette année, 117 000 lycéens sont toujours sans affectation alors que la troisième phase d’admission et de réponse aux candidats débute le 14 juillet sur la plateforme APB. Dans le même temps, 17 000 autres lycéens se retrouvent carrément sans rien… Ils ont postulé pour des universités et on leur répond laconiquement qu’ils sont sur liste d’attente sans plus de précision…

Comment en est-on arrivé là ? A l’origine APB (Admission Post Bac) a été crée en 2009. Cette plateforme numérique avait pour vocation d’enregistrer et de classer tous les vœux des bacheliers qui souhaitaient s’inscrire dans l’enseignement supérieur. Objectif : Mettre fin au système du premier arrivé premier servi, époque ou les futurs étudiants passaient plusieurs heures a faire la queue devant la fac de leur choix… Huit ans plus tard, APB est devenu une sorte de grande roulette russe où les plus méritants ne sont pas forcément les mieux servis. Résultat, les interrogations sur l’impartialité de son algorithme se sont multipliées. Accusé de sélection cachée, le ministère de l’éduction a finalement fini par rendre public une partie de son code source. Certains informaticiens qui se sont penchés dessus évoquent des anomalies… Du côté, du concepteur d’APB, la nouvelle a été accueillie fraichement. Ce dernier conteste l’existence de failles dans le logiciel. Selon lui, si le système sature, c’est à cause du manque de place dans les filières pour accueillir de plus en plus de bacheliers.

Force est de constater que cet argument de défense n’est pas faux. Dans les trois ans qui viennent, les universités vont devoir accueillir 170 000 étudiants supplémentaires, une croissance démographique prévisible mais qui semble ne pas avoir été anticipée. Car si l’on constate des difficultés pour cette année, il est assuré qu’elles seront pires l’an prochain. Il va donc falloir trouver rapidement des solutions.

Et justement, lundi prochain, la ministre de l’enseignement supérieur va ouvrir un débat sur la question avec l’ensemble des acteurs du monde universitaire. Premier objectif : Mettre fin à la pratique du tirage au sort à l’entrée des universités. Ensuite, il faudra se pencher sur une clarification des règles d’accès à l’enseignement supérieur. Plusieurs pistes de travail se présentent : une meilleure information des lycéens et de leurs familles sur le fonctionnement d’APB, un meilleur accompagnement dans le processus d’orientation et une meilleure préparation pour suivre des études supérieures. Quant aux conditions d’accès à l’université, certains reparlent d’un tabou : l’instauration d’une forme de sélection, mais aussi lune hausse des frais d’inscription afin de financer l’augmentation du nombre de places. Futurs étudiants, vous êtes prévenus, votre parcours dans l’enseignement supérieur ne sera pas de tout repos…